Les trois jetées.

Celles que j'espère.

Je les aperçois, grises, noires, parfois décorées des reflets argentés de la vague, ou presque blanches quand le clapotis crée l’écume et joue avec les mille gouttelettes diaphanes qui s’évanouissent délicatement dans le vert de l’eau.

Un peu plus loin, une jetée de bois sombre. Elle m’attire. Je descends trois marches, et me voilà sirène solitaire sur ma barque. Je m’assieds, mes pieds pendant au-dessus de l’eau. Mes orteils frôlent les fleurs d’algues humides. Je suis l’eau, ses mouvements, ses transparences et ses noirceurs. Le temps s’est arrêté.

Braillements de mouettes qui piquent et plongent, et s’envolent vers l’ouest.

Ciel violent, violet, rouge persan, je pense à Garance, noyée à seize ans. Mes larmes colorent de leur peine les 3 jetées. Tout est brouillé, gris, noir, argenté.